Après notre précédent dossier sur Project Glasswing, l’histoire a pris un nouveau tournant. Vendredi, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, a rencontré Susie Wiles (cheffe de cabinet de la Maison-Blanche) à la Maison-Blanche, avec Scott Bessent (ministre du Trésor) également présent. Selon les deux parties, les échanges ont été “constructifs”. Trump, interrogé sur la visite pendant un déplacement à Phoenix, a répondu de façon très laconique.
Ce rendez-vous illustre un revirement politique notable. Quelques semaines plus tôt, l’administration Trump avait qualifié Anthropic de “risque pour la chaîne d’approvisionnement” et Trump avait affirmé qu’il n’y aurait plus d’accords avec l’entreprise. Depuis, un juge fédéral a toutefois bloqué l’application de cette mesure, le temps des procédures. Le bras de fer avec le Pentagone reste, lui, en cours.
Le point qui a changé la donne
Au niveau de la Maison-Blanche, la décision semble s’expliquer par les capacités de Mythos en matière de cybersécurité. Les agences chercheraient à s’appuyer sur ce système, présenté comme capable de mettre au jour des vulnérabilités que d’autres outils ne détectent pas, afin de ne pas “prendre de retard”.
Rappel : Mythos Preview n’a pas été entraîné uniquement pour la sécurité. Ses performances proviennent d’améliorations générales sur le raisonnement et le code, et les résultats observés depuis son déploiement seraient particulièrement marquants : des milliers de failles critiques détectées dans des systèmes d’exploitation et navigateurs majeurs.
Plutôt que de le rendre public, Anthropic l’a d’abord partagé via Project Glasswing à un groupe restreint d’organisations, financé notamment par des crédits d’usage. L’approche reste “offensive” au sens défensif : identifier les failles avant qu’elles ne soient exploitées par d’autres.
Selon des informations relayées par la presse, des agences de renseignement et la CISA testeraient déjà Mythos. Le Trésor se montrerait aussi intéressé, et des discussions pourraient aboutir à un élargissement de l’accès.
Blocage au Pentagone, avancées ailleurs
L’objectif de la réunion aurait été de dissocier deux sujets devenus entremêlés : le litige autour du Pentagone d’un côté, et l’accès à Mythos par le reste de l’État de l’autre. En parallèle, plusieurs acteurs cherchent à clarifier comment d’autres ministères pourraient utiliser Mythos Preview pour évaluer et renforcer leurs défenses.
Une source résume la situation : progrès côté Maison-Blanche, absence de progrès côté “War”. Les préoccupations ne portent pas forcément sur des armes autonomes ou la surveillance, mais plutôt sur le fait que le Pentagone et Anthropic s’opposent, tandis que d’autres agences ne veulent pas en payer le prix.
Du côté d’Anthropic, certains signaux montrent aussi une volonté de mieux s’aligner sur les mécanismes de Washington, notamment via des démarches de lobbying liées aux procédures d’achats du département concerné.
Ce qui se joue maintenant
Les procédures judiciaires ne sont pas terminées. Plusieurs décisions de justice encadrent la situation : Anthropic reste empêché de travailler avec le Pentagone pour l’instant, mais peut continuer avec d’autres parties du gouvernement pendant que les recours suivent leur cours.
La Maison-Blanche indique vouloir maintenir le dialogue avec Anthropic et d’autres acteurs de l’IA. Des préparatifs seraient déjà en cours pour permettre aux agences d’évaluer Mythos afin de renforcer leurs capacités de défense. L’essentiel reste donc le même : obtenir des gains technologiques sans laisser la querelle institutionnelle freiner la sécurité nationale.
Pour certains proches des négociations, priver l’État américain de ces avancées serait “irresponsable” — et constituerait un avantage pour des rivaux.