Colossal ne s’est pas impliquée dans le projet de dé-introgression. En revanche, l’entreprise mène d’autres recherches, jugées complémentaires, sur le loup à crinière. Ses scientifiques construisent un « pangenome » de canidés nord-américains à partir d’échantillons provenant de musées, d’universités, de zoos et d’autres structures. L’objectif est de mieux comprendre quelles portions d’ADN sont communes à l’ensemble de la famille des canidés, et lesquelles varient selon les populations. À terme, cela pourrait éclairer l’histoire génétique du loup à crinière avant l’arrivée des coyotes, quand le mélange génétique s’est probablement réduit. Cette meilleure lecture pourrait aussi pousser le gouvernement à revoir une définition administrative jugée trop restrictive, afin de refléter davantage la diversité historique de l’espèce.
Le pangenome pourrait même, selon certains chercheurs, aider des canidés « dé-introgressés », issus de la côte du Golfe, à être reconnus comme de vrais loups à crinière. L’idée est qu’en découvrant davantage sur les populations anciennes, certaines lignées de la côte du Golfe pourraient contenir assez d’ascendance « loup à crinière » pour justifier une reclassification. Mais une telle décision aurait des conséquences en matière de gestion et de politiques publiques.
Le projet de dé-introgression vise à restaurer des gènes perdus du loup à crinière, afin de reconstituer une lignée. Dans le même temps, la chercheuse associée au projet rejette la notion de « pureté génétique », qu’elle considère comme un cadre trop étroit pour la conservation. Son approche met davantage l’accent sur le rôle écologique des animaux que sur leur statut « exact » en tant qu’espèce distincte. Elle voit notamment les coyotes et les loups à crinière comme des proches dont le futur pourrait aussi être lié.
Concernant les clones de Colossal, même la chercheuse évoquée reste prudente. Elle les décrit comme une « preuve de principe » montrant qu’il est possible, collectivement, de réaliser ce type de démarche. Si un besoin urgent de cloner des loups à crinière apparaissait, la méthode serait déjà en place. Toutefois, plusieurs scientifiques doutent que l’entreprise produise une science solide, en particulier parce que le travail se ferait largement en interne.
En l’absence de preuves établissant que les canidés de la côte du Golfe à l’origine des clones sont bien des loups à crinière, ces animaux ne peuvent pas, pour l’instant, être reconnus légalement comme tels dans le cadre de la conservation fédérale. Malgré cela, l’entreprise a annoncé avoir « mis au monde » deux portées de loups à crinière clonés, présentés comme l’espèce la plus menacée de loups au monde. Le même jour, son dirigeant a aussi affirmé proposer d’en créer de nombreux pour la récupération, ce à quoi les autorités ont répondu vouloir d’abord étudier plus précisément le potentiel de la technique avant toute décision.

