Pour Eclipse, la victoire de Cerebras à 2,5 milliards de dollars n’est que le début de la mise en œuvre de sa vision du monde physique


La réussite de Cerebras, dont l’introduction en bourse a généré un retour financier très élevé pour Eclipse Ventures, s’inscrit dans une trajectoire plus large : la montée en puissance des technologies liées au monde physique. Longtemps considérée comme trop éloignée des modes dominantes du logiciel, la thèse d’Eclipse — investir au-delà du SaaS — semble désormais gagner du terrain auprès des investisseurs et des fondateurs.

Un pari initial sur des actifs « tangibles »

Créée en 2015, Eclipse a misé très tôt sur la capacité des technologies de calcul et de fabrication à produire des effets structurants dans des secteurs ancrés dans le réel. Ce positionnement a été illustré par l’investissement réalisé dans Cerebras en 2016, qui a ensuite généré un retour total évalué à 2,5 milliards de dollars lors de l’opération boursière récente. Eclipse indique avoir investi 147 millions de dollars au fil du temps dans l’entreprise.

Pour le dirigeant du fonds, ce “gros chèque” ne constitue pas une fin en soi. Il s’agit plutôt d’une étape dans la valorisation progressive de sociétés capables de combiner matériel, logiciels et contraintes industrielles — un ensemble que la simple automatisation logicielle ne peut pas remplacer.

De nouvelles attentes du marché, au-delà de l’IA pure

Le contexte actuel renforce l’attrait pour les start-up qui opèrent aux interfaces du matériel et du logiciel. Eclipse souligne que les dynamiques observées dans les marchés financiers ne se résument pas à la seule accélération de l’IA. Selon l’approche mise en avant, plusieurs facteurs participent à l’enthousiasme : la disponibilité du capital, l’existence de demande clients, l’accès aux talents et l’environnement réglementaire.

Le fonds met aussi en parallèle l’idée que certaines promesses du logiciel peuvent être “reproduites” plus facilement, tandis que la fabrication, elle, dépend d’infrastructures lourdes : machines, puces, salles blanches et chaînes d’approvisionnement. Autrement dit, l’écosystème matériel conserve des barrières d’entrée plus significatives.

Un portefeuille en forte dynamique

Eclipse affirme que ses participations dans la robotique, l’énergie et la défense ont attiré près de 15 milliards de dollars auprès d’autres investisseurs sur l’année écoulée. Cette dynamique se serait même accélérée au premier trimestre 2026 avec 4,5 milliards de dollars levés, selon le fonds.

La continuité de l’investissement se reflète aussi dans des tours de table particulièrement visibles. Eclipse indique avoir participé en tant qu’investisseur de Série A dans plusieurs entreprises ayant ensuite bouclé des tours conséquents, dont Wayve, True Anomaly, Bedrock Robotics et Oxide Computer.

Des catalyseurs structurels : capital, clients, talents et politiques publiques

Sur le plan macroéconomique, le fonds estime que les conditions seraient réunies pour accélérer la construction d’entreprises “physical-world”. L’argument central est que les États-Unis soutiendraient ces filières via des subventions et un cadre réglementaire plus favorable, ce qui contribuerait à stabiliser la dynamique de financement et de développement. Dans cette lecture, l’alignement entre investisseurs, ingénieurs, demande industrielle et politiques publiques créerait un terrain propice.

Autrement dit, la performance obtenue avec Cerebras servirait de signal, mais la thèse d’Eclipse viserait surtout la consolidation d’un écosystème où le logiciel n’est qu’une brique parmi d’autres, au service de systèmes capables d’agir dans le monde réel.

Repères matériels et logiciels pour suivre la tendance

Pour observer concrètement l’évolution des technologies de calcul et l’outillage qui les accompagne, certains acheteurs professionnels et équipes techniques s’équipent d’infrastructure et de systèmes de test. Par exemple, l’ordinateur edge industriel et les environnements de déploiement facilitent l’exécution d’algorithmes au plus près des capteurs et des machines. En parallèle, les équipes impliquées dans des projets d’automatisation s’intéressent souvent à des solutions d’contrôleurs de robotique industriels pour relier logiciels de pilotage et actionneurs.