Les sénateurs s’interdisent les marchés de prédiction après des paris sur leurs propres campagnes électorales



Dans le contexte des marchés de prédiction, des responsables politiques américains se retrouvent de plus en plus au cœur des débats sur l’éthique et la réglementation. L’affaire la plus récente illustre ce risque : un candidat démocrate en Virginie, Mark Moran, a reconnu avoir parié sur sa propre campagne sur la plateforme Kalshi, expliquant son choix par la volonté d’attirer l’attention et, selon lui, de mettre en lumière des pratiques jugées problématiques.

Un pari sur sa propre élection qui fait polémique

Mark Moran a indiqué sur X qu’il avait investi environ 100 dollars sur lui-même via Kalshi. Il a présenté ce geste comme un moyen “d’être pris dans le radar médiatique”, affirmant qu’il avait recherché l’exposition plutôt qu’un gain financier. Dans ses messages, il soutient que l’argent “achète” souvent de la visibilité en politique, mais que, dans son cas, l’attention aurait pu être obtenue à moindre coût en passant par un marché de prédiction.

Le candidat a également évoqué un refus d’un règlement proposé. Selon ses déclarations, l’offre aurait entraîné une obligation de communication publique qui ne lui convenait pas. En parallèle, Kalshi a fait état d’une sanction : une suspension sur cinq ans et une pénalité de 6 229,30 dollars concernant Mark Moran, lié à un désaccord autour d’un règlement.

Le gouvernement fédéral freine la régulation des États

Cette affaire s’inscrit dans une bataille plus large entre le niveau fédéral et les États sur la manière de réguler les marchés de prédiction. Dans ce dossier, l’administration Trump a défendu l’idée que ces plateformes relèvent principalement du cadre de régulation fédéral plutôt que de celui, plus strict, de certains États.

Récemment, les États-Unis ont obtenu une décision de justice qui limite les capacités de New Jersey à appliquer ses lois sur les paris sportifs, notamment celles interdisant les paris sur des compétitions universitaires et exigeant des licences pour d’autres formes de paris. L’objectif est de préserver un traitement réglementaire cohérent au niveau national.

Compétences de la CFTC et actions contre des régulations locales

Au niveau fédéral, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) affirme disposer d’une autorité exclusive sur ces marchés. Elle a indiqué poursuivre des démarches juridiques pour contester des restrictions introduites ou renforcées par plusieurs États, dont l’Arizona, le Connecticut et l’Illinois. L’enjeu est de déterminer qui, entre les États et l’administration fédérale, peut imposer des règles spécifiques à ces plateformes.

Des plateformes adaptent leurs règles internes

Face à l’attention médiatique et aux controverses, certaines plateformes annoncent aussi des mesures visant à réduire les risques de conflits d’intérêts. Kalshi a par exemple communiqué en mars sur le déploiement de “garde-fous” techniques destinés à empêcher certains acteurs, dont des élus ou des sportifs, d’effectuer des transactions sur des marchés politiques ou liés au sport présentant un intérêt direct.

De son côté, Polymarket indique renforcer ses dispositifs de surveillance à l’aide d’une solution blockchain destinée à contrôler les opérations et à faire respecter ses règles. L’objectif affiché est de mieux détecter les comportements susceptibles de nuire à l’intégrité des marchés.

En toile de fond, ces ajustements internes ne remplacent pas le travail réglementaire, mais ils montrent que l’écosystème cherche à anticiper les critiques, notamment lorsque des participants semblent utiliser les marchés de prédiction comme un levier politique plutôt que comme un outil strictement informatif.