Les ondes infrasonores peuvent-elles remplacer les sprinkleurs pour prévenir les incendies de cuisine ?


Des systèmes de lutte contre l’incendie fondés sur l’infrason et l’énergie acoustique suscitent l’intérêt, notamment parce qu’ils promettent d’agir rapidement sur les flammes. Toutefois, pour l’instant, les éléments disponibles ne suffisent pas à établir que cette approche pourrait remplacer les dispositifs existants, en particulier les sprinklers, largement éprouvés et encadrés par des normes de sécurité.

Des essais encore trop incomplets pour conclure

Les spécialistes interrogés estiment qu’il manque des données issues d’essais à grande échelle reflétant des situations domestiques réalistes. Pour qu’une technologie soit comparée aux sprinklers, il faudrait notamment des tests couvrant plusieurs types de départ de feu : incendies de mobilier et de matelas, feux de cuisine, feux électriques, ainsi que des scénarios d’exposition aux braises depuis les combles ou l’extérieur.

Les conditions d’essai devraient aussi inclure la complexité des lieux réels : portes ouvertes ou fermées, variations de hauteur sous plafond, présence de courants d’air latéraux, combustibles partiellement obstrués, et vérification de l’éventuel “retour” du feu après l’arrêt du système.

Le point de vue des experts : acoustique et contrôle des flammes

Un chercheur en dynamique des incendies de l’Université de Californie à Berkeley souligne qu’il n’existe pas encore assez d’informations pour affirmer une supériorité ou même une efficacité comparable à celle des sprinklers.

Il s’appuie notamment sur une étude académique de 2018 qui conclut que le contrôle des flammes ne peut pas reposer uniquement sur l’acoustique, au-delà du stade initial de l’incendie.

À l’inverse, les sprinklers bénéficient d’un historique d’essais et de certifications solides, construits sur de nombreuses années par la communauté de la sécurité incendie. L’argument central est simple : toute technologie innovante devrait prouver, avec la même rigueur, des performances au moins équivalentes et une fiabilité démontrée avant de pouvoir être envisagée comme solution de remplacement.

Qu’attendent les pompiers lors de nouvelles évaluations

Lors d’une démonstration menée par des équipes de secours, les retours portent surtout sur la nécessité d’aller plus loin. Les représentants des services incendie concernés expliquent ne pas recommander de produit précis, mais cherchent à comprendre dans quels cas l’innovation pourrait être utile.

Dans cette logique, des tests supplémentaires seraient envisagés, notamment sur des équipements lourds comme un bulldozer, afin d’identifier les limites et les points de défaillance potentiels dans des conditions opérationnelles variées.

Fiabilité, maintenance et détection des pannes : les questions qui reviennent

Au-delà de l’efficacité immédiate, les pompiers et les gestionnaires de sécurité attendent des réponses concrètes sur la durée de vie du système : exigences de maintenance à long terme, nécessité de calibrage ou de tests de routine pour préserver la fiabilité, ainsi que la manière dont les défaillances (par exemple un capteur qui ne fonctionne pas correctement ou un générateur qui ne délivre pas l’énergie attendue) seraient détectées et communiquées à l’exploitant.

Pour se faire une idée des enjeux “réalité terrain” et de la sécurité incendie au quotidien, beaucoup s’appuient encore sur des solutions éprouvées comme les détecteurs et dispositifs d’alerte. À titre d’exemples, certains foyers se tournent vers des détecteurs de fumée certifiés et vers des kits de protection incendie domestique conçus selon des normes établies.

En l’état, l’idée d’utiliser l’infrason et l’acoustique pour freiner ou interrompre certains feux reste un sujet prometteur, mais non suffisamment étayé pour concurrencer directement les sprinklers. Les prochaines étapes devraient prioritairement porter sur des essais représentatifs, des comparaisons chiffrées, et une évaluation rigoureuse de la fiabilité, de la maintenance et de la gestion des défaillances.