Évaluer le coût futur d’une technologie qui n’existe pas encore est un exercice délicat. Pourtant, avec des milliards d’euros et de dollars engagés par le secteur public comme privé, la question revient avec insistance : à quel rythme le prix de l’énergie de fusion pourrait-il baisser, et dans quelles conditions ?
Un indicateur clé : le « experience rate »
Pour estimer la trajectoire de coûts, les chercheurs s’appuient notamment sur une notion appelée experience rate. Cet indicateur correspond au pourcentage de baisse des coûts observé lorsque la capacité d’une technologie est multipliée par deux. Plus l’experience rate est élevé, plus les progrès de production peuvent se traduire rapidement par des tarifs plus faibles.
À titre de comparaison, l’experience rate historique s’élève à environ 12 % pour l’éolien terrestre, 20 % pour les batteries lithium-ion et 23 % pour les modules photovoltaïques. La fission, en revanche, n’a pas connu une amélioration des coûts aussi rapide, avec un chiffre autour de 2 %.
Ce que pourrait donner la fusion
Une étude publiée dans Nature Energy propose une estimation de l’experience rate de la fusion. L’objectif est de mieux cadrer les hypothèses utilisées pour prédire ses coûts futurs. Les chercheurs se sont concentrés sur trois facteurs susceptibles d’être liés à la vitesse de diminution des prix : la taille des unités, la complexité de conception et le niveau d’adaptation nécessaire selon les cas d’usage.
Le raisonnement est relativement cohérent : quand un système est très grand, très complexe et nécessite davantage de personnalisations, il tend à être plus difficile de standardiser la production. Cela peut freiner la baisse des coûts au fil de l’augmentation des volumes.
Des avis d’experts pour chiffrer les hypothèses
Les auteurs ont interrogé des spécialistes de la fusion, issus à la fois de structures publiques et de sociétés privées. Ces experts ont évalué, pour plusieurs caractéristiques, à quel point les centrales de fusion correspondraient à des dimensions, une complexité et des besoins de personnalisation qui influencent l’experience rate. Les chercheurs en ont déduit une fourchette probable.
Important : l’analyse porte sur deux grandes voies dominantes aujourd’hui, la fusion par confinement magnétique et par inertie laser. D’autres approches pourraient présenter des dynamiques de coûts différentes.
Une fourchette plausible… et prudente
Les chercheurs s’attendent à des installations de fusion de taille comparable à d’autres infrastructures industrielles de production de chaleur, comme certaines centrales électriques. Elles pourraient demander moins de personnalisation que la fission, notamment en raison de contraintes réglementaires et de sécurité potentiellement plus simples dans certains scénarios. Mais elles ne devraient pas atteindre le niveau de standardisation de technologies comme les panneaux solaires.
La complexité ressort fortement des retours d’experts. Selon l’un des auteurs, la fusion serait « extrêmement complexe », au point que certains participants auraient estimé que cela dépassait presque l’échelle de l’évaluation proposée.
Au final, la fourchette d’experience rate proposée pour la fusion se situe entre 2 % et 8 %. Cela suggère un rythme de baisse des coûts plus rapide que celui observé historiquement pour la fission, mais plus lent que celui que beaucoup d’études de modélisation ont parfois retenu pour des technologies déployées à grande échelle aujourd’hui.
Pourquoi cela compte pour le prix de l’électricité
Si l’experience rate de la fusion reste proche de cette fourchette, la baisse des coûts de construction et d’exploitation pourrait nécessiter un volume de déploiement important et du temps. En pratique, l’électricité produite pourrait donc demeurer relativement chère pendant une période prolongée, avant que des effets d’apprentissage plus marqués ne se manifestent.
Par comparaison, l’étude souligne que certains scénarios courants en modélisation reposent sur des hypothèses plus optimistes, souvent situées dans une plage de 8 % à 20 %.
Repères produits : instruments et composants pour suivre l’évolution
Pour mieux comprendre les trajectoires de coûts industrielles, les acteurs s’appuient aussi sur des données d’efficacité et de performance liées à l’équipement. Dans cette logique, certains investissent dans du matériel d’acquisition et de contrôle, utile pour le suivi de systèmes énergétiques complexes, comme un compteur d’énergie et analyseur de puissance permettant de comparer des performances avant et après optimisation. En parallèle, la question du stockage de l’énergie reste centrale pour stabiliser les réseaux : un pack batterie lithium-ion pour essais et démonstrations peut servir de référence lors d’évaluations économiques, même si ce n’est pas directement lié à la fusion.

