NPR : Manoush Zomorodi parle des effets d’une surabondance de technologie


Dans un échange consacré à la place du numérique dans le quotidien, la journaliste Manoush Zomorodi dresse un constat nuancé : la technologie aide à travailler, stocker, produire… mais elle peut aussi s’inviter trop profondément dans le corps, l’attention et la concentration. À travers des habitudes très concrètes, elle illustre comment la “bonne” utilisation des outils devient, à force, une source de friction permanente.

Reporter, animatrice de podcasts et auteure, Zomorodi poursuit depuis plusieurs années une réflexion sur les effets du numérique, cette fois élargie à la santé physique. Son approche repose sur un principe simple : mieux comprendre ce que les écrans font à l’esprit, mais aussi à la posture, au sommeil et au rythme du corps.

Une relation au numérique marquée par la surcharge

Interrogée sur sa configuration, elle reconnaît avoir “beaucoup trop d’onglets” ouverts, surtout des documents de travail et des lectures en cours. Le mécanisme est révélateur : quand l’information recherchée n’est pas trouvée rapidement, l’habitude consiste à en ouvrir une nouvelle. En pratique, cela alimente la dispersion plutôt que de la réduire.

Zomorodi décrit aussi un point plus physique : elle souffre d’une gêne au niveau du cou, liée au temps passé sur le téléphone, dont la diminution nécessite de s’en éloigner sur une journée entière. Son témoignage ne relève pas d’une démonstration médicale, mais d’une observation personnelle répétée, cohérente avec ce que beaucoup rapportent : la posture et la durée d’exposition comptent.

Outils utiles, mais usages à reconfigurer

Sur le plan pratique, elle dit avoir basculé d’un service autrefois utilisé pour enregistrer des articles vers une alternative qui, selon elle, fonctionne tout aussi bien, voire mieux pour certains besoins comme la mise en évidence. Son usage a toutefois évolué : au-delà de la lecture différée, l’application sert désormais aussi de base de recherche à consulter plus tard.

Ce glissement montre une tendance fréquente : la technologie devient non seulement un moyen de communication ou de divertissement, mais une extension de la mémoire et de l’organisation personnelle. Or, plus elle centralise, plus elle impose sa logique — notifications, onglets, flux, récupération constante.

Le besoin d’être joignable, malgré les limites

Quand elle évoque le fait de se passer du téléphone, elle répond sans détour : elle n’enlève jamais son appareil. La raison n’a rien d’abstrait. Elle explique devoir rester joignable, notamment pour des adolescents et des parents âgés. Là encore, son propos est pragmatique : la déconnexion totale n’est pas toujours compatible avec les contraintes familiales et le risque d’attendre trop longtemps une réponse.

Marcher, lire sur papier : des contrepoids concrets

Pour faire face aux blocages, Zomorodi privilégie un rituel simple : de longues marches, même quand l’envie n’est pas là. Le principe est moins “productivité” que régulation : mouvement, respiration, retour au corps. Elle décrit un déblocage souvent rapide après le démarrage, comme si l’attention se réinitialisait en ralentissant.

Elle défend aussi la lecture sur papier pour les textes longs : c’est, selon elle, le seul format lui permettant de traiter pleinement un travail de fond. Dans une logique de compromis, cette préférence agit comme un frein aux sollicitations écran, tout en améliorant la compréhension.

Dans le même esprit, certains lecteurs cherchent des outils qui réduisent l’attention fragmentée. À ce titre, un liseuse peut être utile pour garder une lecture dédiée, à condition de l’utiliser comme un support distinct, pas comme un prolongement du smartphone.

Le point de vue d’ensemble : moins de technologie, mais mieux

Le fil conducteur du propos de Zomorodi n’est pas l’hostilité aux outils, mais la recherche d’un équilibre. Elle valorise certains gadgets pour leur capacité à favoriser du mouvement — par exemple les écouteurs sans contraintes lors de déplacements — tout en reconnaissant aussi les déceptions et l’inadéquation de certaines technologies. Son scepticisme face aux innovations “à porter” sur le visage illustre surtout une prudence : l’adoption ne doit pas se faire uniquement pour suivre la nouveauté.

En creux, son expérience pose une question que beaucoup se posent : comment tirer parti du numérique sans lui laisser le dernier mot sur le corps et l’attention ? Sa réponse passe par des contraintes personnelles réalistes — marcher, lire sur papier, limiter les usages “obligatoires” — plutôt que par un rejet total.

Sur le terrain, un accessoire visant à limiter la distraction peut aussi aider, par exemple un chargeur d’appoint dédié (utilisé comme “zone de rangement” plutôt que comme prolongement du bureau) pour réduire l’accès immédiat au téléphone en dehors des moments prévus.

Au final, l’entretien éclaire une réalité commune : vivre avec trop de technologie n’est pas seulement une affaire de temps d’écran, mais de mécanismes — surcharge d’informations, posture, cycles d’attention, besoin de rester joignable. L’enjeu n’est donc pas d’échapper au numérique, mais de lui redonner des frontières.